Christian Globensky Affiches HIRONDELLES Photographies, 2018

Si les affiches de métro offrent un large registre de représentations où un vocabulaire extensible à l’infini s’élabore sous l’objectif, le sens usuel, lui, disjoncte dans cette univers en apparence lisse, telle une défaillance pointé par le systèmes même de production des ces images, et révèle une syntaxe de faux raccords, de dérapages, de décalage comme autant de glissements de sens vers une catastrophe imminente.

Hors les mur[s] [s]ur les murs – N°8 “hirondelles”, affiche recto-verso, A2,  Galerie Stéphane Mortier, 2018

Il en va de même pour les hirondelles de coupe qui apparaissent comme autan des cibles muettes, repères cartographies d’une typologie discrète mais envahissante criblées d’instants en suspends. Et c’est à ce point précis que l’on tente de revivre l’instant précédant l’inévitable, ce catastrophique « c’est arrivé », et qu’une extension du désir esthétique se trame en une succession d’impressions toujours repoussée un peu plus loin. Telle une passion érotique qui ne peut prendre fin dans la forme institutionnalisée d’une vie sans danger, d’un mariage consensuel entre passion et raison, liberté et soumission, le publique consomme ces images dans l’attente fantasmée de sa propre fin, où catastrophisme rime ici avec orgasme paroxysmique.

 » Il n’y a pas de trame narrative. Du moins pas à l’échelle de leurs existences. Les images se suivent et dessinent des ellipses extensibles à l’infini. Ces moments, d’une rare intensité, sont de loin ceux qu’ils préfèrent. Comme s’entendre dire des confessions informulées à la limite d’un désir toujours repoussé un peu plus loin. Pourtant, dans cet enchevêtrement d’images survivent des destins entremêles, une impression de déjà-vu, que le simple hasard nimbe d’un voile d’oubli, parfois salvateur, parfois machiavélique. Où en sont-ils ? Avant ou après la catastrophe ? L’image d’une catastrophe philosophiquement consumée mille et une fois qui pourtant, nous interpellent encore et toujours sur l’imminence de la catastrophe contemporaine.

— Feignons-nous l’appréhension de la catastrophe ou oublions-nous tout simplement qui elle a déjà eu lieu ?

— Reproduite à l’infini… comme la photographie qui répète mécaniquement ce qui ne pourra jamais se répéter existentiellement.

— Tu penses à Barthes ? Le punctum d’un événement, d’une photo qui, au hasard, pointe, blesse, meurtrit…

— Je n’ai pas dormi cette nuit, cette canicule va nous tuer, lentement mais sûrement… (silence).

— N’y a-t-il pas dans l’accumulation de ces catastrophes en chaîne la possibilité d’une extension du désir ?

— Un « en deçà » du « ça été »… hum… ça me plaît.

— Ou encore : la chute n’est-elle pas ce mouvement sublimé par lequel se met en jeu le ressort dynamique propre à tout désir esthétique ?

— On ne mourra donc jamais… Tu sais qu’une hirondelle pouvait parcourir 10 000 kilomètres avec seulement quelques grammes de graisse comme carburant ?

— C’est tout simplement magique darling  »

Il s’agit d’une série de photographies de détailles d’affiches de métro où l’accent est mis sur les faux raccords, les hirondelles de coupe, les trames d’impression et autres détails propres à ce mode de reproductions mécaniques d’images agrandies. Une série intitulée Hirondelles.