Article: Christian Globensky, « La puissance discrète du sourire », Figures de l’art, n°37, 2020

Je souhaiterais débuter mon propos par un constat : on peut arborer un sourire du matin au soir, et ce, sur une vie entière mais on ne peut pas rire perpétuellement, au risque d’en perdre la raison. Dans cette perspective, on réalisera rapidement que le sourire s’est longtemps fait rare dans la grande histoire de l’art et de ses représentations. Et pour cause, le sourire est la plus discrète manifestions des tensions verticales, cette légère ascension des commissures des lèvres, tensions verticales que nous dépeindrons ici comme un saisis­sement esthétique. Auréolées de mystère, formes d’illuminations privées, les tensions verticales se définissent aussi en rapport avec les formes d’autorité qu’elles tutoient. À l’aide de quelques exemples esthétiques liés à la sculpture, ainsi qu’à mon travail d’artiste plasticien, les allégations qui suivent devraient nous inciter à introduire une langue alternative dans l’optique de transformer tout un groupe de phénomènes liés à la spiritualité, la religion, la morale et l’ascèse en de nouvelles expériences recentrées sous l’égide du phénomène esthétique.

CHRISTIAN GLOBENSKY, « LE SAVOIR-RIRE DE L’ART», IN: B. LAFARGUE & B. ROUGÉ (DIR.), DOSSIER « LA PUISSANCE DISCRÈTE DU SOURIRE », FIGURES DE L’ART, N°37, 2020, P. 53-64.

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L’une des leçons fondamentales que l’on retrouve dans un petit manuel d’ethnographie de 1926, est que « les phénomènes esthétiques forment une des plus grandes parties de l’activité humaine sociale », et contrairement à ce que nous pourrions penser, ils ne le sont pas simplement à titre individuel, car « une chose est belle, un acte est beau, un vers est beau, lorsqu’il est reconnu beau par la masse des gens de goût. [1] » Ce que l’on pourrait appeler à la suite de Marcel Mauss, une grammaire du Partage, du Don, est, sans aucun doute à l’origine de cette phraséologie polyglotte qui sur des millénaires s’est incrustée dans nos corps pour en façonner différents types de caractères (religieux, artiste, etc.). Et c’est ainsi que « tous les phénomènes esthétiques sont à quelque degré des phénomènes sociaux [2] », et qu’ils le sont, parce qu’en eux la subjectivité s’expose à l’objectivité, et qu’ainsi, le personnel apprend au pluriel à se conjuguer. Dans cette optique, on pourrait à juste titre s’interroger sur l’ensemble des phénomènes qui contribuent à la « force comique » de l’art ainsi qu’à tous ces artifices qui ont pour but de nous délester des illusions les plus lourdes. Autre manière de se demander si la « force plastique », terme cher au jeune Nietzsche de la Naissance de la Tragédie, si cette « force plastique » stimulant sans cesse nos vies, ne serait pas plus percutante sous l’effet du rire, de l’ironie, de l’humour, ou tout simplement, sous la puissance discrète d’un sourire ?

[1] Marcel Mauss, Manuel d’ethnographie, Paris, Payot, 2002, p. 65. Ce à quoi s’attache Marcel Mauss dans les passages de cet essai consacrés aux phénomènes esthétiques, c’est leur aspect ethnographique, c’est-à-dire l’histoire de la civilisation artistique. Et d’y affirmer qu’une grande part de notre histoire de la civilisation est le fait de l’art.

[2] Ibid. p. 65.

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Alain Caillé, sociologue et fondateur de La revue du M.A.U.S.S. (éd. La Découverte) ne s’y trompe pas en affirmant dans la postface de l’Esthétique du don, que « pour qu’une telle démocratisation de l’art (…) puisse effectivement se développer, il faut rendre plus visible et partageable l’extraordinaire quantité d’œuvres produites un peu partout et un peu par tous. (…) Et l’on convergera ici avec le propos de Christian Globensky : “Cette réponse esthétique à la vie est d’ailleurs la seule qui vous permette de vibrer en empathie généralisée avec le monde qui vous entoure, parce qu’elle n’exige aucune foi ni conversion“. (p. 314)

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Christian Globensky, « L’Usage du Don », in: A. Lontrade & J. Lagiera (dir.), Dossier « Esthétique du don », Figures de l’art, n°26, 2015, p. 245-255.

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Dans cet article, qui entend théoriser le don à l’aune de l’esthétique, et ce, tant du point de vue de celui qui offre que de celui qui reçoit, nous tenterons de démontrer que l’acte de création dans son usage éthique et sociétal, est un don. Nous affirmons ici, qu’il n’y a pas d’un côté l’éthique et la science, et de l’autre, l’art et la culture qui nous aideraient à mieux comprendre les défis de notre humanité. Au contraire et en dernière analyse, c’est l’esthétique qui justifie l’éthique, la valeur et le sens que l’on donne à notre vie, et non pas l’inverse. C’est dans ce don que se construit le monde.

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Christian Globensky, « The use of the Don », in: A. Lontrade & J. Lagiera (dir.), Special issue « Aesthetics of gift », Figures de l’art, N°26, 2015, p. 245-255.

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In this article, which intends to theorize the gift in terms of aesthetics, and this, from the point of view of one who offers that of the recipient, we will attempt to show that the act of creation in its ethical use and societal, is a don. We affirm here that not on one hand, the ethics and science, and on the other, art and culture that would help us better understand the challenges of our humanity. On the contrary and in the final analysis, this is the aesthetic that justifies ethics, value and meaning we give to our lives, not the reverse. It is in this gift that builds the world